Les histoires de ceux qui ont fait l'Histoire 


HISTOIRES ....

AU DÉBUT DE LA GUERRE
PAR MME. SIMONE SKOLNIK-ARIEL
Mme Skolnik-Ariel

Mme Simone Skolnik-Ariel (Photo: C.Poloni)

Au début de la guerre j'ai fait partie de la JIG, qui était en majorité ashkénaze. C'est là que j'ai rencontré mon mari, ashkénaze. Il y a eu d'ailleurs plusieurs mariages ashkénazes - séfarades. A la JIG, nous organisions des " revues " et nous éditions même un petit journal humoristique avec rébus, mots-croisés, etc. On faisait aussi des sorties, des promenades, des excursions.

Dès que les réfugiés commencèrent à venir des pays menacés par l'hitlérisme, nous avons organisé un ouvroir où l'on tricotait et cousait des habits à l'intention de ces réfugiés. On a fait aussi des conférences sur les événements politiques de l'époque, sur ces jeunes Allemands qui passaient en France, et de là, venaient en Suisse. ¨

A cette époque, les différentes communautés juives de Genève - il y en avait 7 ou 8 de différentes tendances - nous ont demandé d'aider les réfugiés qui venaient de toutes sortes de pays d'Europe.

Mon mari et moi, nous nous sommes occupés directement de quelques réfugiés et particulièrement d'un jeune Juif allemand bloqué dans les camps de jeunesse en France. Il a réussi à passer en Suisse et nous le recevions souvent en guise de parrains.

" Vous ne pourrez pas, vous qui vivez dans des conditions normales, rester insensibles devant ces milliers de femmes, de vieillards, d'adolescents, qui, chassés brutalement de leur foyer, errent sans ressources de ville en ville, à la recherche d'un peu de chaleur et d'un peu de pain. Ce réconfort, que nous devons apporter à ceux qui fuient les pogromes, et qui viennent à nous, nous le ferons par notre don. Vous aurez à cœur, nous en sommes persuadés, de nous aider généreusement à soulager nos frères dans le malheur; c'est le devoir de tous à l'heure actuelle. Vous ferez bon accueil à ceux qui viendront, en notre nom, frapper à votre porte."

Extrait de l'APPEL DES COMMUNAUTES ET SOCIETES ISRAELITES DE GENEVE, DECEMBRE 1938, signé par :

Communauté Israélite de Genève
Communauté Israélite Agudath-Achim
Communauté Sépharadite
Communauté Hébrath-Tillim
Jeunesse Israélite de Genève
Société Sioniste
Société des Amis de l'Ecole Populaire Israélite
Hakoah
Société des Dames Juives de l'Est
Société des Dames Sépharadites

Je pense qu'en général, les Séfarades étaient traités par les Ashkénazes comme une catégorie un petit peu en dessous, parce que justement on était des commerçants, qui avions commencé au marché à vendre des souliers ou des vêtements. Il n'y avait pas tellement chez les Séfarades de médecins, de dentistes ou de musiciens comme il y en avait chez les Ashkénazes. Je pense que les Séfarades se sentaient un tout petit peu mis à part.

Peut-être les Ashkénazes avaient eu l'occasion d'étudier plus facilement. Mon père, par exemple, a voulu que je sorte de l'école à 15 ans, parce qu'une fille, ça se mariait plus tard, donc elle n'avait pas besoin de continuer les études plus longtemps. Et pourtant le père de mon père était grand-rabbin.

Les fils des Séfarades que je connais, travaillaient au marché. Je pense que c'est plus le tempérament d'un Séfarade que d'un Ashkénaze. Il y a eu des exceptions, bien sûr. Mes parents, par exemple, étaient un peu plus intellectuels que d'autres Séfarades; alors les contacts avec les Ashkénazes n'étaient pas une barrière infranchissable.

En dehors des Israélites, Ashkénazes ou Séfarades, mes parents connaissaient plusieurs amis chrétiens. Il est vrai que souvent il s'agissait de couples dont le mari était séfarade et l'épouse chrétienne. Mais rapidement, les maris entraînaient leurs moitiés dans leurs "sorties", et ces dames se plaisaient plus dans ce milieu plus chaleureux que le leur. Elles apprenaient même quelques recettes de cuisine auprès de nos consœurs séfarades et se réjouissaient de les exécuter pour faire plaisir à leur mari.

- De la publication « Acuerdos » par Mme Ida Dery

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